La Presse, 9 février 1999
Nancy Dumais
a vaincu ses démons
Presse Canadienne
SHERBROOKE
Quatre des cinq titres déjà tirés de son
premier disque, Parler aux anges, se sont classés en première
position des palmarès radio.
Il ne faut pas être devin pour avancer que Reste, le sixième
extrait qui vient de sortir, une « presque » ballade à saveur
réaliste, saura en rejoindre plusieurs jusqu'au fond de l'âme,
d'autant plus que la voix de la chanteuse y prend ses plus beaux
reliefs.
Une nomination à l'ADISQ dès la sortie de l'album en 1997,
l'impressionnant chiffre de cinq en 1998, le prix Félix-Leclerc
des FrancoFolies raté cet été par l'ombre d'un millimètre,
des premières parties de grands spectacles, une tournée de la
Gaspésie jusqu'à Natasquan l'été dernier, Nancy Dumais ne chôme
pas.
« Ça va bien. Ça va bien, Ça va bien ! J'ai été tellement
timide, tellement peu sûre de moi, je me suis si peu aimée
pendant longtemps que maintenant, je prends tout ce qui passe même
si c'est gros, même ce qui me fait peur. Je fonce parce que je
sais maintenant que je ne vieillirai pas mal, seule, triste et
enragée tout le temps. Je ne serai pas un petit raisin sec. Ça
rassure ! »
Mais si le look délicieusement hors les normes du merveilleux
monde du showbiz a attiré l'attention autant que son talent,
Nancy Dumais est la première à admettre qu'on a tellement parlé
de son allure que finalement, on la connaît peu. « On dirait
que rien que de m'être montrée comme je suis représente un
tour de force ! C'est quand même étrange, je suis petite et je
porte des lunettes. Bon. Si c'est exceptionnel de réussir malgré
ces particularités, on est loin des grandes idées
philosophiques sur l'absence de racisme ou sur le droit à la
différence ! »
Quand on lui demande si la chanson Parler aux anges est une métaphore,
l'auteure affirme que non. « Je suis profondément croyante.
Depuis toujours le Bon Dieu est l'amour de ma vie. »
Oui, elle a un amoureux de chair et d'os. Oui, mettre un ou des
enfants au monde compte au nombre de ses priorités. Rien d'une
nonnette loin s'en faut. Rien des credos naïfs non plus. En
fait, il est surtout question de recherche existentielle, de
spiritualité intelligente, d'une foi qui a permis à la jeune
femme de vaincre une foule de démons.
« La vie, ça sert à chercher et à croire. Mais est-ce que je
peux en parler sans passer pour une capotée des religions ? Bof,
qu'on le dise ou non, on est tous à la recherche de la même
chose. »
Tête chercheuse et coeur ouvert, la jeune femme est aujourd'hui
fière d'elle, elle fait confiance, garde les pieds sur terre
tout en faisant l'éloge du rêve. « Des plans de fous, il faut
en avoir. Les rêves sont faits pour mener quelque part, même si
ce n'est pas là où on pensait aller. En plus c'est gratis,
alors je rêve ! »
à entendre Nancy Dumais parlre métier avec autant de fougue que
de lucidité, à la voir s'ouvrir avec une spontanéité aussi
fraîche qu'étonnante, on n'a pas idée de la route parcourue.
« à 29 ans, je n'avais rien fait de ce que tout le monde fait.
J'étais gênée d'aller au guichet automatique ! »
Mais la fille ne manque pas de ressources intérieures et elle a
du courage. Entre l'idée de devenir travailleuse de rue ou
chanter, elle opte pour la chanson, se met à l'écriture et du
coup, plonge en elle-même.
« Lentement, je me suis mise à aimer Nancy Dumais. Des
questions, j'en ai et j'en aurai toujours, mais je ne cours plus
après les réponses. Elles viendront au moment voulu. Je ne em
laisse plus freiner. »
La chanteuse dit ainsi avoir trouvé le chemin qui mène aux
autres. Elle nage en pleine histoire d'amour. « J'ai appris à
me lever avec Nancy et à me coucher avec elle, mais entre-temps,
je vis des rencontres formidables. On a tous des forces et des
faiblesses, j'ai découvert que ma force n'est ni mon écriture
ni ma voix, mais un certain charisme. Les gens viennent
facilement vers moi. En spectacle j'aime parler. Je suis là pour
partager. »
La chanteuse a de nombreux projets en tête, dont un second album
prévu en 1999 « dans lequel je parlerai encore au Je, mais
moins, et que je voudrais à la Radiohead, moins guitares et plus
piano. »
N'avait-elle pas annoncé du country ? « Ouais, j'adore, mais
entre-temps j'ai écouté autre chose. Je me paierai quand même
ce country un de ces jours. »