La Presse, 10 février 2001

Photo ROBERT MAILLOUX, La Presse ©
Trois ans ont passé depuis la sortie de Parler aux anges, mais Nancy Dumais a l'impression d'avoir été absente pendant un siècle.

Nancy, baby, nombril

JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE

«Le premier album, je l'ai fait pour me sauver la vie. Celui-là, je l'ai fait parce que j'avais envie de chanter. Il y a une énorme différence.»

Début d'après-midi dans un café du boulevard Saint-Laurent. Avant son rendez-vous chez le coiffeur, Nancy Dumais rencontre La Presse pour parler du Nombril, son deuxième disque à paraître cette semaine. Trois ans ont passé depuis la sortie de Parler aux anges, mais la chanteuse a l'impression d'avoir été absente pendant un siècle. «Pas parce que je suis partie longtemps, mais parce que j'ai vécu complètement autre chose», explique-t-elle.

Cet «autre chose» s'appelle émile et il vient de fêter sa première année. On ne sait pas si l'enfant portera des lunettes, mais on sait en revanche que la maternité est ce qui pouvait arriver de mieux à Nancy Dumais, cette éternelle inquiète. «Je me suis tout le temps posé des questions, confie-t-elle. Je me suis toujours demandé si j'étais à la bonne place. Par rapport au métier, par rapport à moi. Mais avec le bébé, on dirait que tout est rentré dans l'ordre.»

N'allez pas croire que Le Nombril soit un disque hommage au cordon ombilical. Si la chanteuse a enregistré quelques pistes de voix alors qu'elle était enceinte jusqu'au cou, tous les titres ont été composés avant l'accouchement, voire avant la conception.

De fait, avec des chansons comme Trembler le monde, Encore, Je sais ou Je marche à tes côtés (une reprise de Patrick Norman), l'album porte plutôt sur la passion dévorante d'une relation qui débute. Sachant que Nancy est du type «autobiographique à 100%» (elle écrit systématiquement au «je»), on imagine qu'elle fait référence à la rencontre de son nouveau chum, rencontré un an après la sortie de Parler aux anges, et qui deviendra le père de son enfant. «Ce disque est beaucoup plus serein, observe la chanteuse. Les chansons d'amour sont positives et non torturées. Ça change peut-être moins le monde, mais ça ne me dérange pas. C'est ça que j'ai de changé et je l'assume.»

Pour le reste, pas de grandes transformations. Nancy Dumais et Pierre Bachand (son complice à la musique depuis 1992) ont écrit les chansons du Nombril en tournée -il y a presque deux ans- sur l'élan de Parler aux anges. Comme pour le premier disque, dit-elle, «on a simplement essayé de faire des chansons qu'on aurait du plaisir à jouer et qu'on pourrait facilement reproduire sur scène». Avec l'aide de Toby Gendron et Michel Pépin à la réalisation, Dumais et Bachand se sont amusés à bidouiller leurs chansons en studio. Mais les audaces n'ont pas dépassé le stade expérimental. «C'est bien beau d'explorer, mais il faut coller à ce qui est naturel: on a fini par revenir pratiquement au son du démo», explique la chanteuse, ajoutant qu'au bout du compte, elle préfère de loin le trip des spectacles à celui du studio. «Quand tu enregistres un disque, t'essaies de vendre du naturel. Mais tu finis toujours par tricher. Il faut que ce soit parfait, sinon ça ne passe pas.»

Au dire de sa compagnie de disque (Universal), Parler aux anges se serait écoulé à près de 20000 exemplaires depuis sa sortie en 1997. à l'époque, on avait classé Nancy Dumais dans le rayon des Alanis Morissette, Lilith Fair et autres chanteuses émancipées, prenant à la fois leur guitare et leur carrière en main.

Avec du recul, la chanteuse reconnaît que le timing était bon et qu'elle a sans doute profité de la conjoncture. «Si ça n'avait pas été ça, le truc à la mode, est-ce que ça aurait marché pareil ?» demande-t-elle avec une froide lucidité. à 35 ans, Nancy Dumais a visiblement perdu quelques illusions sur les mécanismes du showbiz. Mais elle a suffisamment apprécié l'expérience pour remettre ça une seconde fois.

D'autant que la réception favorable de Parler aux anges lui a donné une confiance qui lui manquait jusque-là. «J'ai fait le premier album pour me confronter à ce qui me faisait peur, dit-elle. Quand ça a décollé, je n'ai pas eu le choix de gérer la situation. Du jour au lendemain, il a fallu que je sois bonne en show, bonne en entrevue, bonne partout... Au fond, c'est ce que j'ai trouvé le plus difficile: rester bohème tout en apprenant à bien gérer mes affaires.»

Pas si mauvaise businesswoman, faut-il croire: par sa propre initiative, la chanteuse est désormais commanditée par une marque de lunettes et un salon de coiffure ! Cette ancienne punkette, qui se destinait à être travailleuse de rue, a par ailleurs un nouvel impresario en la personne d'Yves-François Blanchet, également manager d'éric Lapointe. à ce sujet... Nancy Dumais a d'ores et déjà quelques concerts de prévus en première partie de ce dernier, dont le 3 mars à Jonquière -pas trop loin de Mistassini où elle est née. La pop-rockeuse présentera son show à elle au courant de l'été, peut-être sur la route des festivals.