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mi-ange, mi-démone
Son fils lui donne des ailes et son nouvel album
l'enflamme... TEXTE: VALéRIE LETARTE PHOTOS: GABRIEL JONES Menue derrière ses lunettes teintées de rose, Nancy Dumais a l'air d'une petite fille douce. Je l'imagine, romantico-rigolote, tenir un journal intime, partager confidences et fous rires de filles dans un pyjama party et, pourquoi pas, rêver patiemment du prince charmant. Bien avant d'avoir commandé un premier café, je constate que je suis à côte de mes pompes. Et pas a peu près. Nancy a 36 ans. C'est une femme ardente dont les démons se sont apaisés avec chum et maternité. Après un grand ménage et un petit détour par la douceur du foyer, elle brûle de nous offrir son deuxième album. Chum, bébé, bonheur... «As-tu aimé ça, rester à la maison?» «Oh oui!» soupire Nancy avec une conviction ravie. «Pour vrai, est-ce que c'est aussi fatigant qu'on le dit?» «C'est pire que ça!» répond la chanteuse avec un sourire étincelant. «Il faut tout faire et bien le faire. être une bonne mère, faire avancer sa carrière, ne pas oublier son chum... Et moi qui suis une perfectionniste! Mais je travaille là-dessus. Quand on a un enfant, il faut établir des priorités, sinon c'est impossible. Un bébé, ça m'a remis les idées en place.» La vie était si embrouillée que ça? «Au début de la trentaine, je me posais beaucoup de questions. Aujourd'hui, je suis là, mon petit émile est là, et tout est plus clair. Il ne faut pas chercher plus loin. On essaie d'avoir des vies extraordinaires, mais finalement, c'est bien plus simple que ça.» Elles disent toutes ça. Mais quelles sont les véritables raisons qu ipoussent à faire un bébé? «Un enfant, c'est de l'espoir palpable. Ça nous aide à continuer. Je regarde émile et je me dis: je dois lui donner ce que j'ai de meilleur. Je n'ai pas travaillé sur moi pour rien. J'ai confiance en l'avenir, le monde ne va pas exploser comme ça J'ai beau adorer mon métier, ne pas pouvoir m'en passer, quand je suis au lit, le matin, avec mon chum et mon bébé, voilà ce qui compte. C'est concret.» Parlons-en, du chum. J'apprends qu'il s'appelle Alain, qu'il est physiothérapeute. Un grand blond. Annoncé, elle me le jure, des années auparavant dans les cartes du tarot. «Pas du tout mon genre. Moi, c'était les petits bruns. Des amis ont organisé une rencontre, ce que je déteste, Mais ça a cliqué. Je crois que j'étais prête pour connaître autre chose d'un homme.» Le coup classique mais toujours savoureux du bon gars qu'on aurait même pas remarqué cinq and plus tôt... «Je n'ai jamais cru que j'étais faite pour rester avec quelqu'un toute ma vie. Juste d'y penser, je trouvais ça terrible! J'avais besoin de m'étourdir. Maintenant je sais que je veux vieillir avec lui. C'est un homme formidable et un très, très bon père. Je pense que ça vaut la peine d'aller jusqu'au bout, en amour. Et que oui, ça se travaille.» Nancy insiste. «On veut que ce soit magique, comme si faire des efforts ne faisait pas partie de l'amour. La passion se transforme, c'est inévitable. C'est moins vendeur mais c'est comme ça. Il faut resté allumé... Eh oui, je suis même du genre à surveiller mon poids pour rester désirable. Pas question de me laisser aller, et je ne l'accepterais pas de mon homme non plus. C'est une question de séduction et de fierté.» Partir pour mieux revenir Mais les vraies inquiétudes n'étaient pas là. «Je craignais que tout ce confort, dans ma vie et dans mes amours, me fasse glisser dans l'indifférence, indifférence à tout ce qui se passait autour de moi. Idéalement - et ça va sembler un peu fou -, j'aimerais rester malheureuse, juste un tout petit peu... Pour continuer à vraiment voir, à ressentir. Il y a tant de choses à changer, tant d'injustices dans le monde. Bien sûr, j'essaie d'améliorer mon jardin, mais je ne veux pas me limiter à ça.» Ce que dénonce Nancy, ces «conneries», comme elle les appelle, elle les lance dans un seul souffle, celui de la colère: «Ce qui me révolte? Qu'il y ait encore tellement de pauvreté! Les femmes et les enfants battus! Les gars chauds qui prennent le volant! Tout l'argent qui a été dépensé pour fêter l'an 2000. Les humains peuvent être à la fois si intelligents et si stupides. Ça, ça me tue!» Fondamentale insatisfaction sur laquelle son récent bonheur a pourtant mis un peu de baume. En témoignent les chansons du nouvel album, nettement plus serein. «Quand j'ai écrit le premier disque, tout était sombre; mes chansons d'amour étaient vraiment noires. Et j'étais très inspirée! <i>Le nombril<i> (c,est le titre de son album) est plus ensoleillé, moins torturé, mais il n'a pas nécessairement été plus facile à faire. Il faut se brasser pour écrire! Même si, musicalement, je reste dans les mêmes eaux pop-rock, j'ai tiré un trait entre le premier et le deuxième disque.» Trait tiré aussi entre une équipe et une autre, puisque la chanteuse a depuis changé de gérant. Maintenant, c'est l'équipe d'éric Lapointe qui veille sur elle. Aucune méchante rupture à raconter concernant l'ancien gérant. Plutôt une extraordinaire histoire d'amitié: Nancy Dumais raconte le plus simplement du monde que l'ex-gérant est aussi l'ex-mari, devenu le meilleur ami, et mieux encore, le parrain du petit émile! Loin de la petite fille rêveuse, cette artiste est au contraire une femme à la belle et enviable maturité. «En changeant d'équipe, j'ai eu peur d'avoir à tout recommencer, à expliquer de nouveau qui j'étais, ce que je voulais, ce que je ne voulais pas. Mais ça se passe très bien. Je pense même qu'on va me pousser un peu plus loin, m'amener à me dépasser.» La discrète faite passion Tiens, tiens. Un aspect du métier qui la dérange? «Je n'ai pas été échaudée par tout ça parce que je n'ai pas de scandale à cacher. Ce qui m'ennuie, c'est l'importance qu'on accorde à la vie privée des gens. Je m'en fous de savoir ce que les vedettes mangent pour déjeuner. Pourquoi entretenir cette fascination chez le public? J'essaie juste de ne pas tomber dans tout ce cirque. C'est sûr qu'on fait ce métier pour être connu, mais il faut savoir imposer ses limites. J'ai du mal à m'habituer à cette visibilité. Quand je vais au Dollarama et que les gens regardent ce que j'ai dans mon panier, qu'ils me dévisagent comme si j'étais transparente et que je ne m'en rendrait pas compte, tout ça me gêne. C'est beaucoup d'attention. Trop.» Réservée, la belle Nancy. Ce qui ne l'empêche pas d'être passionnée. Excessive dans ses peurs, ses questionnements. Excessive dans les petits plaisirs: bouffe, shopping - surtout les vêtements. «Si j'étais Céline Dion, je ferais encore plus de folies qu'elle! Les magazines de mode me font rêver, mais en vérité ce que j'aime le plus, c'est m'offrir une série de petits chandails à 20$, quand je pars sur un trip de couleurs, par exemple. C'est comme pour la bouffe. J'invente à partir de ce que je découvre au resto. Encore une lubie. à un moment donné, c'est le thym et le fromage de chèvre: on ne mange pas ça durant deux semaines!» Archi gourmande, ce qu'on ne soupçonnerait pas, elle précise: «Je mesure cinq pieds et j'engraisse facilement. Je suis constamment au régime. Ça n'est pas une obssession, mais je suis contente de moi quand je ne triche pas, parce que je suis mieux dans ma peau.» Extravagante aussi en amitié, pour le plus grand bonheur de ses copains - des gars surtout, «question d'atomes crochus». Mes musiciens, par exemple, je les serre dans mes bras, je leur dis combien ils sont beaux, bons et fins. Je ne me retiens pas. C'est vrai que pour leurs blondes, au début, ce n'est pas toujours évident; on peut mal interpréter.» Un ange passa... «Pour moi, les bonnes et les mauvaises rencontres ne relèvent pas du hasard; les personnes qui croisent notre route sont là pour nous faire avancer. Je crois en la réincarnation et je pense qu'on vient au monde avec des bouts de vie plus ou moins réglés. Je crois aux signes, aux pressentiments, aux visions.» Et ce n'est pas avec légèreté qu'elle me confie se sentir elle-même un peu médium, un peu voyante. «J'ai sûrement ce genre de sensibilité-là. Malgré moi. Quand j'étais jeune, je percevais des choses que je ne comprenais pas. C'est pour cesser d'avoir peur que j'ai baptisé mon premier disque <i>Parler aux anges<i>. Je suis le bébé d'une famille bien normale du Lac-St-Jean. Je n'ai manqué de rien, je suis juste née torturée!» déclare Nancy Dumais dans un rire franc. Manifestement, les orages sont passés, les ombres se font moins menaçantes. Et le bonheur s'apprivoise. |