Journal de Montréal
4 octobre 2003
NANCY DUMAIS - Retour brutal à la réalité


Photo GILLES RENAUD
NANCY DUMAIS lançait dernièrement son troisième album, simplement intitulé Nancy Dumais.

En 1997, Nancy Dumais voulait parier aux anges et volait haut dans la stratosphère. Six ans et trois albums plus tard, elle revient sur le plancher des vaches. Retour brutal à la réalité. Mais la chanteuse se dit prête à repartir dans les nuages, forte du support de sa nouvelle maison de disques.

C'est la chanteuse qu'on a rencontrée, la semaine dernière, mais il s'en est fallu de peu pour que Nancy Dumais porte un tout autre chapeau, elle qui porte pourtant si bien le Stetson sur la pochette de son nouvel album.

«Quand Octant est arrivé, l'hiver dernier, je savais plus [si j'allais continuer], se souvient la chanteuse. J'étais en p'tit break. Je fais quoi? que je me demandais. Je fais ce métier-là parce que j'aime ça, mais c'était rendu tellement dur d'être fâchée tout le temps parce que tu trouves qu'on ne met pas autant d'efforts que toi dans l'affaire.»

Le «on» accusateur qu'elle lance, c'est son ancienne étiquette de disques. L'«affai-re» dont elle parle, c'est sa carrière, si bien entamée en 1997 avec la parution d'un excellent premier disque, Parler aux anges, mais en perte de vitesse depuis.

«On peut vendre n'importe quoi et je trouve que mon n'importe quoi à moi était pas pire. Surtout avec le bon accueil que mes disques ont eu. J'étais bien installée avec Parler aux anges, Y a vraiment fallu pas travailler fort pour que ça marche si peu.» Et vlan!

Nancy Dumats remettait donc sérieusement sa carrière en question - «j'ai d'autres talents, j'aurais pu faire autre chose» - quand Octant l'a approchée.

Ce fut le coup de pouce dont elle avait besoin pour reprendre le micro. «Octant m'a fait raccrocher. Ça m'a redonné confiance en moi.»

Mais elle n'était pas au bout de ses peines. Un autre coup dur, personnel celui-là, l'attendait : une séparation.

«J'ai écrit ce disque dans l'engourdissement de tout ce qui s'est passé, acquiesce-t-elle. La séparation, le déménagement, le changement de maison de disques. C'est pas étonnant qu'on y retrouve tellement de chansons tristes.»

La première phrase qu'on entend est d'ailleurs assez éloquente : J'ai pleuré toute ma peine, chante-t-elle dans Rivière-du-Loup.

Entre pop et country

Pour ce troisième album, simplement intitulé Nancy Dumais, la chanteuse n'a pas voulu de ligne directrice.

«Je n'en ai jamais eu, précise-t-elle. Je suis ben changeante. Mais je sais où je n'irai pas: je ne ferai jamais de gros rock heavy, je ne ferai jamais de disco.

«Je sais que j'aime le country, les textes qui sont bien travaillés, j'sais que je suis très pop.,que j'écris pop, que j'aime qu'il y ait un hook. Je n'aime pas les chansons de huit minutes sans début ni fin. J'ai besoin d'une histoire. C'est pour ça que je me tiens dans la pop et dans le country. »

Travaillant à nouveau avec son vieux complice Martin Bachand, Nancy Dumais creuse ici les mêmes sillons musicaux.

«Je suis en train de trouver mon son», dit-elle.

Au chapitre des textes, Nancy Dumais est plutôt triste.

«Tu vois, quand je disais que j'étais changeante... Je relisais des entrevues où je disais que mon troisième disque allait être joyeux et tout. C'est ce que je voulais faire... jusqu'à ce que mon chum me quitte!»

De toute façon, Nancy écrit plus facilement dans la tristesse.

«On se censure plus quand on écrit un texte joyeux. Parce que le bonheur est considère comme un peu quétaine.

«Mais il faut aller au bout de ses rêves», conclut la chanteuse.

Quitte à s'y brûler les ailes.

Patrick Gauthier