Cyberpresse.ca (Le Soleil)
30 septembre 2003
Maturité et bien-être retrouvé


Patrice Laroche, LE SOLEIL
Nancy Dumais veut savoir où son talent peut la mener.

Nancy Dumais a toujours regretté avoir donné la chanson Au-delà des mots à Luce Dufault. Pas parce que la chanteuse en a fait une mauvaise interprétation, mais parce qu'elle avait l'impression de se trahir en laissant aller cette pièce inspirée par son fils Émile. Sur son troisième album, un éponyme, elle a décidé de s'assumer pleinement. Comme artiste qui aime passionnément la pop. Comme femme qui exorcise ses histoires de cœur par la musique. Comme mère qui écrit pour son enfant.

Né dans la douleur de deux ruptures importantes, l'une amoureuse et l'autre professionnelle (la maison Universal l'a laissé tomber...), achevé dans le soulagement des relevailles, le nouvel album de Nancy Dumais propose une pop simple, légère, bien léchée. Une pop à son image qui n'a pour ambition première que de la satisfaire.

Est-ce la maturité, la sagesse , le bien-être retrouvé qui rendent Nancy Dumais plus zen que jamais ? Un peu de tout ça, expliquait hier la chanteuse.

« Aujourd'hui, je suis peut-être moins pudique que par le passé. J'ai compris que ce n'est pas parce que je passe à la TV que ma vie est différente de celle des autres. Je ne réinvente pas la roue. C'est la même histoire pour tout le monde », estime-t-elle.

La chanteuse, qui lançait Parler aux anges en 1997 et Le nombril en 2001, a appris la résignation. Rien de triste, jure-t-elle. Au contraire.

« Plus tu vieillis, moins tu sens le besoin de crier. Ça se sent plus sur cet album-là. Ce qui s'est passé au cours de la dernière année m'a appris que ça ne sert à rien de gueuler, même si les choses ne vont pas très bien dans sa vie. Pour moi, qui a toujours aimé avoir le contrôle de la situation, c'est nouveau », fait-elle remarquer.

À l'exception de cette nouvelle attitude, Nancy Dumais n'a jamais aussi été authentique sur le plan musical. Poursuivant son association de longue date avec le compositeur Martin Bachand, elle explore de nouveau, après s'être défendue d'y revenir, une pop teintée de country. Côté textes, elle s'exprime au « je », encore un interdit il n'y a pas de cela si longtemps.

« On dirait que la vie se charge de nous faire mentir sur plein d'affaires ! J'aurais pu essayer de faire autre chose. On dit toujours qu'il ne faut pas se répéter, mais pour faire quoi ? Pourquoi faudrait-il changer de style à chaque album ? Pourquoi on ne pourrait pas choisir de rester dans une zone confortable ? La pop, c'est moi. Je n'ai pas envie de faire un album punk ! », soutient Nancy Dumais, citant en exemple le parcours similaire de sa bonne amie et collaboratrice Catherine Durand.

Son amour de la pop, le complice Martin Bachand le partage totalement. Sans compter qu'il possède les mêmes antennes pour ce qui est de la réalisation, tâche à laquelle le duo s'est attaqué pour la première fois sur Nancy Dumais. Pendant l'enregistrement, bon usage a donc été fait de leur belle entente.

« Nous avons principalement travaillé dans le petit studio de Martin dans son appartement, et dans le salon de Robert Meunier. Nous avons travaillé sur une longue période de temps, mais de façon très relaxe. En fait, c'était un tel plaisir que je ne me suis pas rendu compte que je faisais un disque. Pour moi, c'était un peu comme travailler des démos », laisse entendre Nancy Dumais.

Le cocon constitué de la chanteuse et ses deux précieux collègues n'a été brisé qu'à quelques reprises pour faire notamment place aux collaborateurs Alain Simard et Jacques Gaines.

« Un gars comme Jacques Gaines n'est pas apprécié à sa juste valeur. J'écoutais John Mayer récemment. Ce qu'il fait, c'est exactement ce que Jacques faisait il y a plusieurs années. Mais au Québec, c'est comme ça. On ne peut juste pas être aussi bons... »

Ce n'est toutefois pas la raison qui pousse la chanteuse à lorgner pour la première fois du côté de la France. Grâce à sa nouvelle maison de disques, Octant, qui possède des antennes dans l'Hexagone, le saut par-dessus l'Atlantique n'a jamais semblé autant possible.

« Je n'aurais jamais pensé à ça avant la signature avec Octant, admet la chanteuse, modérant ses ambitions. Si ça arrive tant mieux. Sinon, ce ne sera pas un drame. Tout ce que je veux, c'est voir où le talent que j'ai peut me mener. »

Au public de juger maintenant... « Je pense que c'est un bon album. Il y en a qui aimeront, d'autres non. Chose certaine, c'est de plus en plus moi », affirme celle qui espère retourner sur la route au cours de la prochaine année.


Kathleen Lavoie

(http://www.cyberpresse.ca/arts/article/2,333,0,092003,445943.shtml)