La
Presse
27 septembre 2003
Double Vie
Avec la sortie de son troisième album en six ans, Nancy Dumais se permet une
ballade entre la douceur de l'errance et la droiture de la perfection qu'elle
s'impose.
LA DUALITé chez Nancy Dumais est palpable. Parfois juvénile comme pas une, prompte à raconter des blagues salées et à s'élever contre toute forme d'autorité, elle peut du même souffle évoquer sa fibre maternelle (et autoritaire) pour indiquer qu'elle a aussi un sens des responsabilités très aiguisé.
Avec la sortie de son troisième album en six ans, la menue chanteuse se permet une ballade entre la douceur de l'errance et la droiture de la perfection qu'elle s'impose à tout moment.
Nancy Dumais s'est exposée à plusieurs changements en concoctant cet album. Pour la première fois, elle coréalise en compagnie de son guitariste de toujours, Martin Bachand. Et depuis quelques mois, Universal n'est plus dans le décor pour la
soutenir.
Cet éponyme enregistré dans le confort de la complicité et de la joie de vivre vient inscrire le passage de Dumais au sein d'une nouvelle maison de disques. Octant, qui produit aussi
Marie-Michèle Desrosiers et Claire Pelletier. Un déménagement loin d'être anodin pour l'artiste originaire de
Mistassini.
«Ça peut paraître simple, mais changer de compagnie de disques a été pour moi l'occasion de remettre des choses en question. On change de climat, de façon de travailler avec des personnes qu'on ne connaît pas encore», souligne-t-elle pour marquer l'ampleur du dérangement auquel elle s'est prêtée.
Depuis les 20 000 exemplaires vendus de Parler aux anges, l'album qui allait nous la faire connaître en 1997, Nancy Dumais a lancé en 2001
Le Nombril, qui a trouvé sa place dans 7000 foyers.
En dépit de tout ça, Nancy Dumais affronte l'inconnu avec sérénité.
«Malgré tous ces changements, j'ai l'impression que mon nouvel album est le plus
soft de ma carrière, avoue-t-elle sans ambage. Je sais de toute façon que je ne réinventerai pas la chanson avec mes pièces, qu'il ne m'est pas nécessaire de virer le monde à l'envers pour être
heureuse.»
En voguant sur des partitions de piano, d'orgue et de cordes (le violoncelliste Claude Lamothe vient faire son petit tour), les musiques sur
Nancy Dumais ont tout le loisir d'évoluer librement vers l'auditeur, sans rien brusquer. Les guitares sont en général moins affirmées, le ton de l'auteure-compositrice reste marqué par la mélancolie.
Le temps est bon, une des pièces les plus connues de Stéphane Venne reprend des couleurs en fin d'album et une pièce-berceuse rend hommage à émile, le petit garçon de Nancy.
Côté atmosphère sonore, le country-rock est revenu séduire la belle à un moment
opportun.
«J'ai toujours aimé le country, j'ai même repris une chanson de Patrick Norman il y a quelques années. J'aurais pu faire mon premier album dans ce style-là parce que c'était déjà là en moi, avance Dumais, mais je n'étais pas prête et je me disais que j'aurais un jour le temps de le faire mieux, une fois que j'aurais arrêté de sauter partout.»
à l'écouter parler, on pourrait croire que Nancy Dumais a ralenti passablement la cadence. à 38 ans, avec un enfant dans sa vie, l'artiste et mère de famille semble en effet avoir desserré la bride.
Mais tout n'est pas nécessairement comme il semble. Au fond d'elle se trouvent encore des vestiges de son adolescence de petite punk.
«Je ne suis tellement pas stable dans ma vie. Je vais mourir adolescente, c'est sûr, j'ai toujours de la misère avec l'autorité mais j'apprends à doser», laisse-t-elle tomber avec un sourire espiègle.
Christian Côté