Nancy Dumais est une chic fille. On est bien en sa compagnie. Elle chante bigrement bien. Sa sorte de chanson pop est sensible et intelligente. Ce sont d'agréables pensées de cet ordre qui habitent le spectateur après deux heures à proximité d'elle et de ses musiciens, lesquels semblent tout à fait partager le sentiment général. J'en ai fait moi-même le constat deux fois cette année: en juillet à la chouette salle des fêtes de Saint-Fabien, patelin du Bas-Saint-Laurent, dans le cadre d'une tournée du ROSEQ, et avant-hier à Maison de la culture Mont-Royal, au premier de ses trois soirs de suite en ville, drôle de rentrée hors des salles de premières.
Voilà une chanteuse pop qui prête flanc, me suis-je dit à chaque occasion. Entendez par là qu'elle permet aux gens de la connaître vraiment, comme si elle recevait de la visite à souper. C'est le Lac-Saint-Jean en elle, déduit-on. L'hospitalité incarnée. Pas un semblant de contact à la façon miroir d'une Lynda Lemay, qui renvoie autant d'images qu'il y a de spectateurs, ni à la manière calculée d'une Isabelle Boulay: plus près d'une Laurence Jalbert, Nancy Dumais a du naturel, du caractère, de l'humanité et de la bonne franquette à revendre.
à Saint-Fabien, arrivée là après avoir bravé un typhon sur la 20, elle s'était installée sur scène comme dans sa cuisine. Flanquée de ses deux guitaristes comme autant de cousins germains, elle s'était délestée de ses tubes comme on enlève des épaisseurs de linge. Une fois Parler aux anges et Le Nombril accrochées au vestiaire, elle avait présenté le reste de son répertoire comme on présente sa famille à l'autre famille dans un mariage. Tout bonnement. C'était pareil avant-hier. «Est-ce que c'est beau chez nous?», a-t-elle demandé à l'auditoire après avoir réglé le cas des anges et du nombril. Fauteuil, lampes, chaises, plantes et fleurs en plastique, tapis persan composaient au milieu des guitares et des amplis un décor «d'appart de musicien», mise en scène confortable mais pas absolument nécessaire à la chaleur ambiante: comme à Saint-Fabien, c'est la chanteuse qui sait recevoir.
Contexte intimiste ne veut pas dire show acoustique: les chansons, surtout celles du remarquable deuxième album, étaient données avant-hier dans la pleine richesse des arrangements de studio, toutes guitares et pédales d'effets comprises. Les trois musiciens redoublaient de délicatesse et d'efficacité dans les petite merveilles pop que sont L'Illuminée, Pardonne-moi, Trembler le monde et Encore, ne noyant jamais le doux timbre de la chanteuse dans l'ensemble.
Autant de moments heureux auxquels Nancy Dumais a ajouté un choix de titres d'autrui, dont Le temps est bon de Stéphane Venne et Bonheur d'occasion de Diane Tell (son idole). Par savoir-vivre, je croirais. Comme si elle avait sorti une boîte de biscuits au chocolat et demandé à la centaine de spectateurs en visite chez elle: «Vous en voulez?» On en voulait. Même qu'on en reprendrait.
Sylvain
Cormier